FERIOJ ( journal culturel )

La Grâce des brigands, Véronique Ovaldé

Jeudi 17 octobre 2013 à 23:23

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Un autre roman de la rentrée littéraire, et mon premier Ovaldé. L'histoire d'une jeune femme écrivain qui apprend à gagner sa liberté, Au début du roman, Maria Cristina a une trentaine d'années et c'est progressivement qu'on va découvrir son parcours.

Après avoir vécu une enfance et adolescence à Lapérouse, bourgade canadienne arriérée, de plus dans un cadre familial peu épanouissant - père relativement absent et une mère bigote, dingo et castratrice qui la fait culpabiliser suite à un accident survenu à sa soeur. 

Elle finit par s'évader de ce milieu étouffant en partant faire ses études en Californie où sa colocataire va l'aider à se dévergonder, et où elle va surtout devenir la secrétaire particulière d'un écrivain imbu de lui-même, Rafael Claramunt, qui va devenir son mentor et amant. 

Le roman s'articule autour de ces diverses influences, comment elles vont la façonner, et comment elle va réussir à s'affranchir de tout cela, parfois d'une manière inattendue. ll ne se passe pas grand-chose au final, mais je me suis beaucoup identifiée à l'héroïne, et j'ai trouvé tout un tas de passages très justes et plutôt drôles (sur la peur de l'avion par exemple !).

On voit bien que Maria Cristina a été une adolescente et jeune femme malléable, sensible, pas très douée pour la vie en société, et ses difficultés sont décrites sans complaisance, mais toujours avec humanité et avec une auto-dérision sympathique, ce qui m'a aidée à me sentir proche d'elle. J'ai été complètement séduite par le style et cette découverte conforte mon envie de lire les autres romans du même auteur. 


Extraits : 

"Elle achète une barquette de fraises - qui ressemblent à des personnages de dessin animé, il ne leur manque que la parole. Les fraises ne sont pas pour elle. Pour rien au monde elle ne mangerait de ces fruits contre nature. Elle les apporte à Claramunt qui aime tout ce qui est artificiel."

"Au moment où elle embarque elle a retrouvé un peu de sérénité malgré sa peur de voler, et le fait qu'elle va tenter, pendant tout le voyage, d'empêcher l'avion de s'écraser rien qu'avec la force de sa volonté." (p. 39)


"(...) Maria Cristina a toujours détesté que les prénoms veuillent dire quelque chose, les choses sont des choses, les gens sont des gens." (p. 47)


"Pour s'endormir Maria Cristina projetait son propre enterrement et imaginait le regret qu'on aurait d'elle.
Et quand elle regardait le calendrier elle songeait qu'elle passait chaque année, insouciante, la date anniversaire de sa future mort, cette date funeste qui marquerait sa fin, cette date qu'elle vivait à chaque fois dans l'ignorance. Et l'importance de ce 27 février ou de ce 30 avril ou de ce 15 juillet dans sa propre trajectoire la laissait pantelante. N'était-il pas surprenant qu'aucun petit signe de lui révélât le caractère crucial que cette date revêtirait pour elle ? Tout n'était-il donc que fortuité et hasard ?"(p. 75)
(voir aussi p. 165, 168, 206-207)

Ometepe

Jeudi 17 octobre 2013 à 22:40

 Résumé : Ometepe est la plus grande île lacustre au monde et se trouve sur le lac Cocibolca, au Nicaragua. Ometepe est un de ces endroits dont la beauté a inspiré poètes et écrivains, et où la frontière entre le réel et l’imaginaire ne semble plus exister. Ses deux volcans rappellent les seins fermes d’une jeune fille. De ses eaux surgissent des femmes sublimes qui se transforment soudain en anguilles. Des lutins se promènent souvent dans ses rues, sans que personne ne soit effrayé… Javier de Isusi réunit dans ce livre six contes inspirés de légendes indiennes et de vieilles histoires qui vivent encore dans la mémoire des habitants de l’île.

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Une atmosphère réussie, chaque histoire est assez simple et courte, mais cependant assez poétique et touchante, une belle immersion dans un univers aux résonances mythologiques, se lit vite et bien. Je n'avais jamais entendu parler de cette île et de ces légendes, ça change un peu et l'univers graphique (aquarelle aux couleurs automnales) est aussi assez original et réussi. Pas assez étoffé pour devenir un coup de coeur, mais un bon moment.

Le Court s'anime fête ses 10 ans !

Mercredi 16 octobre 2013 à 22:56

Projection de 9 courts-métrages d'animation au théâtre d'Orléans le 15 octobre 2013, soirée organisée par l'APAC.
Séance à retrouver dans d'autres lieux à d'autres dates, plus d'infos ICI



♦  LA GROSSE BÊTE de Pierre Luc Granjon (bande-annonce)

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2013 / France / 6 minutes / éléments découpés / Les Décadrés Production

On dit que dans le royaume, une bête vient vous manger au moment où on ne s'y attend pas. Alors toutes les idées sont bonnes pour ne jamais oublier, mais pourtant...

Ce film a bénéficié d'un soutien à la production de Ciclic-Région Centre en partenariat avec le CNC. Le tournage s'est déroulé dans le cadre de la résidence d'animation de Château-Renault.

Mon avis : j'aime beaucoup l'idée de départ, le relief des éléments découpés, la dénonciation de l'absurdité d'un désir excessif de sécurité qui devient plus dangereux que le risque lui-même... un poil répétitif et trop insistant (se justifie peut-être si on considère que ce court-métrage s'adresse aussi à un jeune public ?), mais fait sourire. 
 

♦ FERAL de Daniel Sousa (bande-annonce)

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2012 / Etats-Unis / 13 minutes / dessin sur papier / Daniel Sousa

Un chasseur solitaire trouve un enfant sauvage au milieu des bois et le ramène à la civilisation. Etranger à son nouvel environnement, le garçon essaie de s'adapter en usant des mêmes stratégies que celles qui lui servaient dans la forêt.

Mon avis : graphisme impressionnant, un peu trop long, on tourne un peu en rond à mon goût au bout d'un moment... mais poétique et donc réussi si on entre dedans. 

 

OH WILLY... de Marc Roels et Emma de Swaef (bande-annonce) (voir le court-métrage en entier)

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2012 / Belgique, Pays-Bas, France / 17 minutes / marionnettes / Polaris Film Productions, Beast Animation, Vivement Lundi !

A la mort de sa mère, Willy retourne dans la communauté de naturistes où il a grandi. Mélancolique face à ses souvenirs, Willy décide de fuir dans la nature où il trouve la protection maternelle d'une grosse bête velue.

Mon avis : du volume comme j'aime, j'adore les textures "poilues", effet "peluche", et assez dérangeant, n'hésite pas à aller assez loin dans le dégueu et l'étonnant, c'est justifié par l'émotion de l'histoire, une histoire à la fois de déchéance et de retour aux sources, j'adhère.

 

♦ FUTON de Yoriko Mizushiri (bande-annonce)

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2012 / Japon / 6 minutes / ordinateur 2D / Yoriko Mizushiri

Enroulée dans son futon, une femme se met à rêver. Elle imagine le futur en même temps que des sensations passées et des souvenirs impérissables lui reviennent. Tout cela se mélange agréablement.

Mon avis : délirant, y'a pas vraiment d'histoire, seulement des morceaux de corps, de nourriture qui s'assemblent, se transforment... orgasme visuel, quand je vois des choses belles et inventives comme ça, c'est comme si on me faisait un massage des yeux, c'est à la fois jouissif et reposant, peut-être le court-métrage que j'ai préféré pendant cette soirée au final !

 

♦ LE BANQUET DE LA CONCUBINE d'Hefang Wei (bande-annonce)

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2012 / France, Canada, Suisse / 14 minutes / dessin sur papier, ordinateur 2D / Folimage Studio, Foliascope, ONF, Nadasdy Film

Chine, an 746, dynastie Tang. A cette époque, le pays connaît sa période la plus prospère. L'empereur Li est un grand amateur de femmes, d'art et de musique. Il possède de nombreuses concubines. Sa préférée s'appelle Yang. Alors qu'un grand banquet se prépare en son honneur, l'empereur, pris dans une partie de Go, l'oublie.

Ce film a bénéficié d'un soutien à la production de Ciclic-Région Centre en partenariat avec le CNC. Le tournage s'est déroulé du 2 mai au 19 août 2011 dans le cadre de la résidence d'animation de Château-Renault.

Mon avis : je n'accrochais pas vraiment à l'esthétisme ni à l'intrigue, jusqu'à ce qu'on arrive à la scène de fantasme / masturbation qui est très belle et remonte le tout. 

 

♦ TRAM de Michaela Pavlatova (bande-annonce) (voir le court-métrage en entier)

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2012 / France, République Tchèque / 7 minutes / ordinateur 2D / Sacrebleu Productions, Negativ Films Productions

C'est le train-train quotidien pour la conductrice du tram. Comme chaque matin, les hommes embarquent pour aller au travail, un par un, tous les mêmes, silencieux, gris, indifférents. Pourtant, bientôt, au gré des secousses et des vibrations de la route, au rythme des tickets introduits dans le composteur, la conductrice s'émoustille et le véhicule s'érotise.

Mon avis : j'avais déjà vu ce court-métrage il y a quelques mois à la télé, à l'époque je n'avais pas vraiment aimé, la première réaction c'est vraiment un gros WHAT THE FUCK ahah. Mais en le revoyant je l'ai trouvé vraiment drôle et réussi finalement, et entendre parler la productrice de son projet, Sexpériences ; ce court est en effet le premier d'une collection de quinze courts sur la sexualité, le désir féminin, on a vu des illustrations extraites des futurs autres films et le tout donne envie, donc j'espère que tout ça verra le jour !

 

♦ CONTE DE FAIT de Jumi Yoon (voir le court-métrage en entier)

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2011 / France / 4 minutes / peinture sur verre / La Poudrière

En 1960, en Corée, une petite fille réinvente son quotidien pour s'échapper d'une maison close.

Mon avis : superbes textures et couleurs, un peu trop court mais on en prend plein la vue !

 

♦ LE GRAND AILLEURS ET LE PETIT ICI de Michèle Lemieux (bande-annonce)

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2012 / Canada / 15 minutes / écran d'épingles / ONF

De rêveries en méditations, un homme est pris soudain d'un vertige lorsqu'il cherche à saisir le sens du monde. Dans son petit ici, il veut trouver la clé donnant accès aux mystères du grand ailleurs.

Mon avis : vraiment dense et riche, y'a trop de trucs et j'étais trop fatiguée quand le tour de ce court est arrivé pour pouvoir l'apprécier vraiment comme il le mérite, je voudrais vraiment le revoir pour tout saisir, mais même sans tout comprendre il y a des passages qui sont vraiment impressionnants, ne serait-ce que l'horloge qui explose à un moment donné... poétique, philosophique, du noir et blanc poudré avec des textures de malade, si le fond n'est pas forcément super-accessible au premier visionnage, esthétiquement je trouve ça assez génial !! 
 

AUTOUR DU LAC de Noémie Marsily et Carl Roosens (voir le court-métrage en entier)

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2013 / Belgique / 5 minutes / dessin sur papier / Zorobabel

Le souffle d'une joggeuse, une fourmilière éventrée, une flaque, des tartines abandonnées sur un banc, un écureuil, des bribes de vie nous emmènent marcher autour du lac avec les mots et la musique.

Mon avis : clip loufoque, très déjanté, un peu trop hystérique et criard à mon goût par moments, mais quand même assez foufou dans le bon sens du terme, même si c'est pas forcément très subtil. 

MA CONCLUSION DE LA SOIREE :
une programmation vraiment variée et originale, des procédés d'animations et thématiques qui sortent de l'ordinaire, créatif et étrange à souhait, très bonne soirée pour moi, à 4,50 la place cette soirée est un chouette cadeau pour les yeux ! =)


Dis bonjour à Zorro !

Mercredi 16 octobre 2013 à 22:25

 Résumé : Mister Bud est un chien heureux. Il a sa maison à lui, son lit à lui, ses jouets à lui… Mais surtout, il a ses horaires à lui. Et pas question d’y déroger ! Chaque journée suit à la minute près le même rituel : réveil, petit gâteau, promenade, sieste, changement de position et re-sieste, démonstration de joie au retour du maître, film-canapé puis coucher. La vie rêvée, quoi. Mais un soir, à l’heure de la démonstration de joie, la porte s’ouvre sur un inconnu. « Dis bonjour à Zorro, s’entend intimer Mister Bud. Vous allez être amis ! » Tu parles, Charles ! La cohabitation commence très mal. Jusqu’à ce que les deux rivaux découvrent un truc incroyable : ils ont les mêmes horaires ! Ah, mais ça change tout…

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A première vue l'histoire est super simple, on voit venir l'issue à dix kilomètres, le quotidien d'un chien et sa difficulté à accepter un nouveau compagnon, jusqu'à ce qu'il se rende compte que leurs habitude s'accordent... cependant les dessins sont craquants, et le ton est humoristique sans être bêbête, ça donne un album très mignon et drôle qu'on a envie de raconter. Cela ne sera peut-être pas si facile que ça, car il faudra réussir à faire distinguer à l'oral la voix du narrateur et la voix du personnage humain qui s'adresse aux chiens (et dit notamment "dis bonjour à Zorro !"), mais ça me semble un bon exercice donc j'ai bien envie de tenter, la prochaine fois que je raconterai une histoire à des mouflets. 

Les Evaporés, Thomas B. Reverdy

Mercredi 16 octobre 2013 à 22:14

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Se lit bien, puis il est appréciable de suivre tour à tour les différents personnages, cela permet de voir les différentes facettes de cette même histoire qui réunit :

- Kaze, un Japonais qui choisit de disparaître
- Yukiko, sa fille, qui a émigré aux Etats-Unis et revient pour rechercher son père disparu, 
- Richard B., détective, ex-petit ami de Yukiko et toujours amoureux d'elle, qui l'accompagne pour chercher son père
- Aikanu, un petit garçon qui a perdu sa famille suite à la catastrophe de Fukushima et va être plus ou moins recueilli par Kaze

J'ai regretté que le personnage de Yukiko reste autant en retrait, la plupart du temps c'est quand même le point de vue de Richard B. qu'on a. Et il est sympa Richard B., il est attachant, mais on sent bien qu'il est surtout préoccupé par Yukiko, qu'en tant que détective il n'est pas forcément doué, qu'il est surtout perdu au Japon, son enquête est un peu vaine, surtout que Kaze fait justement tout pour ne pas être retrouvé, et même quand on suit son parcours à lui, on reste dans le flou, on ne comprend pas bien pourquoi il en est là, on met longtemps avant de le comprendre et même quand l'explication est donnée, je n'ai pas été forcément convaincue. Pareil avec l'histoire d'Aikanu, elle est touchante, on espère qu'il va s'en sortir, mais on ne comprend même pas bien pourquoi il a perdu sa famille alors qu'en fait ils ne sont peut-être pas morts... et par-dessus tout ça, on a une histoire de yakuzas.

Les différentes intrigues s'imbriquent, se rejoignent, mais on reste trop souvent dans le flou à mon goût, ça ne va pas assez loin, je ne suis pas vraiment convaincue par les ponts faits pour relier tout ça. C'est un beau canevas autour du Japon et du thème de la disparition, de la fuite, de l'amour, et il y a pas mal de réflexions qui sonnent juste, mais tout ne se tient pas si bien que ça et je reste un petit peu sur ma faim. Pas mal mais légère déception donc. 

Quatrième de couverture :

Ici, lorsque quelqu’un disparaît, on dit simplement qu’il s’est évaporé, personne ne le recherche, ni la police parce qu’il n’y a pas de crime, ni la famille parce qu’elle est déshonorée. Partir sans donner d’explication, c’est précisément ce que Kaze a fait cette nuit-là. Comment peut-on s’évaporer si facilement ? Et pour quelles raisons ? C’est ce qu’aimerait comprendre Richard B. en accompagnant Yukiko au Japon pour retrouver son père, Kaze. Pour cette femme qu’il aime encore, il mènera l’enquête dans un Japon parallèle, celui du quartier des travailleurs pauvres de San’ya à Tokyo et des camps de réfugiés autour de Sendai. Mais, au fait : pourquoi rechercher celui qui a voulu disparaître ?


Les évaporés se lit à la fois comme un roman policier, une quête existentielle et un roman d’amour. D’une façon sensible et poétique, il nous parle du Japon contemporain, de Fukushima et des yakuzas, mais aussi du mystère que l’on est les uns pour les autres, du chagrin amoureux et de notre désir, parfois, de prendre la fuite.

Citations : 

« J’ai vécu trente-cinq ans avec mon mari. Dans le fond, je crois que je ne le connaissais pas. Quel que soit ce qui lui est arrivé, je ne m’en suis pas rendu compte, je ne l’ai pas vu venir. C’est ainsi, vous dormez à côté de quelqu’un pendant des années, pourtant vous ne savez toujours pas de quoi il rêve. »

« Quand on pense à l'avenir, on a toujours l'impression que la vie n'est qu'un rêve. L'espoir ou le suicide ne sont que des possibilités.»

« Il faut trahir nos parents, pour grandir. »
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