FERIOJ ( journal culturel )

La Femme et le pantin, de Pierre Loüys

Lundi 17 septembre 2012 à 22:53

 http://24.media.tumblr.com/tumblr_makcmtU28G1rpxoqlo1_400.gifMon premier Loüys. C’est fin, élégant, mais pas chiant, plutôt charmant, une anti-(quoique ?)Carmen terrible, analyse du comportement d’une femme perverse qui fait tourner en bourrique et joue avec cruauté avec un homme fou d’elle en feignant d’être vertueuse.

Dans ces conditions : qu’est-ce que la vertu ? en quoi se refuser est-il un gage de pureté (ou pas), peut-on (doit-on) se sacrifier par amour, jusqu’où attendre l’autre, qu’oser réclamer en étant dans son droit, aime-t-on vraiment si son désir d’être aimé dépasse ce qu’on est soi-même prêt à donner ? l’amour, sentiment mythifié, surestimé, prétexte à des horreurs, peut-il tout excuser ?

Passion, orgueil, désillusion, réflexion sur la vertu, le don de soi…. Beau et flippant. Pas de sexe explicite dans ce court roman (alors que l’auteur a écrit une œuvre érotique et pornographique considérable paraît-il) mais on sent nettement qu’au fond il n’est question que de ça (en tout cas, beaucoup).

Même si les deux héroïnes sont très différentes, celle de Loüys m'a fait penser à Manon Lescaut (ou plutôt, j'ai ressenti pour le pauvre gars le même genre de pitié que pour le chevalier des Grieux). Ah, les sagouines !
 

Les Heures souterraines

Dimanche 16 septembre 2012 à 10:38

http://24.media.tumblr.com/tumblr_mafkl5cFIU1rpxoqlo1_500.jpg
J'ai découvert Delphine de Vigan il y a quelques années avec No et moi, un livre pour lequel je garde toujours beaucoup d'affection ; j'ai lu deux fois Jours sans faim qui est l'un des meilleurs livres sur l'anorexie que j'ai eu l'occasion de lire (avec Petite de Geneviève Brisac et le Pavillon des enfants fous de Valérie Valère).

L'année dernière, j'ai beaucoup apprécié - mais moins que les deux autres romans précédemment cités, finalement - Rien ne s'oppose à la nuit, livre qui lui a valu une reconnaissance du public encore plus large (et a obtenu le prix Renaudot, le prix du roman Fnac et le prix France Télévisions 2011). J'ai aussi lu un de ses premiers romans, Un soir de décembre, qui m'avait fait passer un agréable moment mais dont je ne conserve quasiment aucun souvenir (l'histoire d'un homme, un écrivain qui ne parvient plus à écrire si je ne me trompe pas, qui se détache de son couple parce qu'il repense à un ancien amour, mais je ne me souviens d'aucun autre détail !). 

J'avais les Heures souterraines dans mon Ipod depuis au moins deux ans et je ne l'avais toujours pas écouté - je n'avais jamais lu de livre audio avant et étais assez frileuse, malgré les incitations multiples d'une amie proche qui lit de cette manière depuis des années. Finalement je me suis enfin lancée, et ai écouté ce livre (qui fait un peu moins de 6 heures je crois) en cinq jours, principalement dans les transports en commun.

Concernant cette forme de lecture qui est nouvelle pour moi : c'est une agréable surprise et je peux dire que je regrette de ne pas m'y être mise plus tôt ! J'aime voir écrits les mots, et quand j'écoute de la musique en général je ne suis pas très attentive, je laisse plutôt mon esprit voguer au point de parfois ne presque plus prêter attention à ce que j'ai dans les oreilles (de plus dans les transports en commun je m'endors assez facilement). J'avais donc peur de ne pas du tout réussir à me concentrer sur la voix de la lectrice, de décrocher fréquemment et d'être obligée de revenir en arrière, ou de devoir pour suivre faire des efforts surhumains que je n'aurais pas eus envie de fournir le matin encore endormie ou fatiguée après une journée de travail. Mais que nenni, soit mon esprit a réussi à piger qu'il était de bon ton d'être attentif comme un grand, soit le livre est assez prenant / la lectrice assez douée pour que je m'accroche sans peine au fil, et je n'ai pas été frustrée de ne pas avoir les mots sous les yeux.

Un peu après la moitié du roman (ou un peu avant ?) j'ai quand même commencé à ressentir un agacement régulier, dû uniquement, j'en suis à peu près sûre, au style du livre. Il s'agit en effet de suivre minutieusement dans leurs gestes (et pensées, la narration est externe mais le point de vue omniscient) deux personnages : Mathilde, l'héroïne de ce roman, sur le point de craquer à cause du harcèlement dont elle est l'objet dans son entreprise, qui se manifeste par sa progressive "mise au placard", et Thibault, un médecin généraliste qui passe ses journée à se rendre au domicile des personnes qui appellent les urgences médicales de Paris, usé par la misère qu'il côtoie au quotidien et par sa rupture toute fraîche d'avec Lila, une femme dont il est amoureux mais qui ne l'a jamais vraiment aimé. Chaque chapitre est centré sur l'un des deux protagonistes, on ne cesse donc d'alterner entre la journée de Mathilde et celle de Thibault - l'action du roman se situe le 20 mai, jour qui doit être un tournant dans la vie de Mathilde si elle en croit la voyante qu'elle a consulté ; le récit de cette journée est agrémenté de l'évocation de souvenirs et de l'état psychologique actuel de ces deux personnages au bout du rouleau.

Pour éviter de se noyer complètement dans une tonalité pathétique à mourir, Delphine de Vigan a choisi d'adopter un style en apparence très objectif, et décrit les choses de manière concrète, simple et en même temps très détaillée et précise. Problème, cette froideur de surface est considérablement alourdie par la surenchère de détails et surtout l'énumération de synonymes qui en fait insistent très fortement sur certains points (la voix parfois apitoyée de la lectrice ne m'a sans doute pas aidée à prendre ces passages avec plus de légèreté, remarquez !). Plus ça va, plus on la voit venir, et parfois au moment où venait un mot je sentais qu'on allait avoir droit à un développement à partir de ce mot qui serait repris maintes fois. D'abord on trouve ça sympa, ça donne une impression de fluidité, les choses avancent toutes seules. Mais rapidement, j'ai eu plutôt l'impression qu'on s'enlisait, j'avais envie de rayer mentalement des phrases entières qui ne servaient à rien d'autre qu'en rajouter une couche et je me retenais de dire par-dessus la voix "blablablabla, REDONDANCE tsss !!!". Ce procédé trop utilisé m'a semblé extrêmement lourdingue et assez déplaisant et a finalement pas mal pourri cette lecture. Un extrait pour vous donner une idée de ce style particulier qui a fini par m'agacer :

"Aujourd'hui, quelque chose pourrait se passer. Quelque chose d'important. Un événement qui inverserait le cours de sa vie, un point de disjonction, une césure, inscrite depuis plusieurs semaines à l'encre noire dans son agenda. Un événement majuscule, attendu comme un sauvetage en haute mer. 

Aujourd'hui, le 20 mai, parce qu'elle est arrivée au bout, au bout de ce qu'elle peut supporter, au bout de ce qu'il est humainement possible de supporter. C'est écrit dans l'ordre du monde. Dans le ciel liquide, dans la conjonction des planètes, dans la vibration des nombres. Il est écrit qu'aujourd'hui elle serait parvenue exactement là, au point de non-retour, là où plus rien de normal ne peut modifier le cours des heures, là où rien ne peut advenir qui ne menace l'ensemble, ne remette tout en question. Il faut que quelque chose se passe. Quelque chose d'exceptionnel. Pour sortir de là. Pour que ça s'arrête. "

Délicieuses pourritures

Dimanche 19 août 2012 à 23:57

http://25.media.tumblr.com/tumblr_mbsyrg6yLr1rpxoqlo1_400.jpg Superbe titre et un résumé qui donne envie – intégrer 4ème de couv ici.

Me rappelle le film Noce Blanche et le roman Splash de Sheila Kohler (et son adaptation ciné, Cracks)
 
J’aime bien les histoires d’adolescence paumée, d’amour profs-élèves, ça m’intéresse de lire la description du mélange fascination / emprise malsaine. Je dirais que ce roman a correspondu à mes attentes de manière confortable, sans vraiment me surprendre ni me déranger ; je suis donc satisfaite, ai passé un très agréable moment de lecture. Peut-être qu’au final je regrette quand même que ça n’aille pas plus loin, qu’il n’y ait pas eu d’élément inédit qui en aurait fait une lecture plus originale que prévu. C’est surtout dommage que le roman soit si court, environ 125 pages, même si je ne sais pas quel aspect l’auteur aurait pu développer sans que ça devienne répétitif…

A lire si ce genre d’histoire vous plaît, c’est bien traité, mais je crois qu’au final dans un genre similaire j’ai paradoxalement préféré Splash (paradoxalement car dans le roman de Kohler il ne se passe pas tant de choses dérangeantes que ça, sur le plan des faits Délicieuses pourritures va plus loin). Peut-être que ce roman m’aurait plus marquée il y a quelques années, peut-être que je commence à me blaser ?

Expiation

Dimanche 19 août 2012 à 23:55

 Expiation, de Ian McEwan

 
Dans la première partie du roman où l’on suit les pensées de Briony, écrivain en herbe. Son état d’esprit curieux et créatif donne envie de l’imiter, d’observer tout autour de nous et d’écrire. Ses prétentions ne peuvent tout à fait être prises au sérieux mais sont plutôt amusantes, sa naïveté est sensible, notamment dans le regard qu’elle porte sur les évènements dont elle est le témoin subjectif – différentes étapes d’une séduction adolescente, et enfin un drame qu’elle interprètera à sa façon ; la force du roman est de ne pas nous limiter à son point de vue, on aura ensuite en effet droit d’immiscer les pensées (sans jamais passer par la première personne du singulier, c’est pourquoi les variations de points de vue sont toujours faites de manière subtile, tout en étant de claires) de sa mère, et surtout de sa sœur Cécilia, dont la personnalité m’a beaucoup plu, plus mature que sa petite sœur, elle n’a cependant pas encore d’expérience et j’ai trouvé très intéressante la manière dont est traité son tiraillement entre son attirance et sa méfiance à l’égard de Robbie – et vis-à-vis d’elle-même. J’ai vraiment adoré toute la première partie, l’immersion du lecteur dans le monde des protagonistes est très réussie, tout comme la montée du drame jusqu’à son explosion !
La suite m’a beaucoup déçue. La seconde partie est centrée sur Robbie, au début de la seconde guerre mondiale, pendant la retraite des troupes anglaise vers Dunkerque. Bien que pouvant avoir un intérêt en soi, cette chronique de guerre m’a paru complètement déplacée après la première partie, c’est comme si tous les enjeux posés en première partie étaient subitement niés et que l’auteur partaient dans une direction complètement différente en délaissant toutes les fondations prometteuses du début ! J’ai même sauté des pages.
 
La partie suivante se passe aussi pendant la guerre mais revient sur Briony, qui est à présent apprentie infirmière. J’ai mieux aimé cette partie, pour le plaisir de retrouver sa personnalité (même si, vu les précédents évènements, on peut avoir un jugement très mitigé sur ce personnage désormais) et car il s’agit d’un témoignage assez prenant sur la manière dont elle a vécu ses débuts d’infirmière, confrontée à une vie rude de discipline et à l’horreur de la guerre par l’intermédiaire des blessées qu’elle est souvent impuissante à soulager.
 
Enfin, on semble de rattacher à la première partie et à l’aventure au cœur du roman quand Briony retrouve Cecilia et Robbie, mais ces retrouvailles terribles ne m’ont pas transportée autant que je l’espérais… enfin l’épilogue dans lequel la romancière revient sur son récit et nous parle de son présent (personnage aussi fictif) m’a paru bien trop long et achève de nous casser le rythme et de nous couper de ce qui m’avait vraiment accrochée au début du roman et que j’aurais aimé voir « mieux » exploité. Le début de ce roman, excellent à mes yeux, m’a fait penser que ce livre serait un énorme coup de cœur, hélas cela ne tient pas sur la longueur, je ressens ça quasiment comme un gâchis, mais tâcherai de garder en mémoire ce que j’ai préféré, à savoir la transcription sonnant très juste des pensées des deux héroïnes adolescentes et cet enchaînement féroce de détails et de jugements hâtifs et peu renseignés qui a eu des conséquences catastrophiques (ou comment l’innocence et les bonnes intentions peuvent paradoxalement mener au crime).

Le Cri du Sablier

Dimanche 19 août 2012 à 23:45

 http://25.media.tumblr.com/tumblr_maudz2NeC61rpxoqlo1_400.jpgLe Cri du Sablier, de Chloé Delaume

Retour aux sources du personnage de fiction, traumatisme autobiographique du meurtre maternel et suicide paternel – et même avant, maltraitance de l’enfant jamais nommée, battue et perpétuellement humiliée. Bribes de souvenirs, d’avant et de la vie d’après l’assassinat, mutisme, adolescence, premières amours, toujours racontés par rapport à ce qui s’est passé le 30 juin, réinterprétés, souvent en contradiction avec ce qu’on voudrait lui faire dire – elle préfère « l’autopsy ».

J’ai retrouvé le grand style de Chloé Delaume, celui qui m’avait agrippée dans les Mouflettes d’Atropos, tournures inhabituelles intuitives qu’on ne comprend qu’à tâtons, musicalité, au point d’avoir un air dans la tête en lisant pendant le dernier tiers de l’ouvrage, rythme environ ternaire même si irrégulier le papa la maman l’enfant. Lisible cependant, peut-être car il faut simplement jouer le jeu, entrer dans la danse.

Je le relirai je pense. Tant de mots restent en suspens : corypher – clinamen – alexie – micacée – mitogène – vilanelle – hyalloïde – arénicole – livèche – lithotriteur – musoir – chancie – ichoreux – glyptique – édicule – sybarisme – grenu – endocarde – systole – rhyolithes – sanies – triscupide – rhizomes – khasmin – salicorne – paladin – ammophile – varlope – nécrose – scapulaire – épigone – clostridies – foutriquets – épigénie – éphélides… tous ces mots en tant d’autres donnent sa couleur au roman – mais cela n’est évidement pas qu’une question de vocabulaire, ceci n’est que le charme superficiel qui m’enchante. 
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